5 septembre 2012

spectacle intergénérationnel

Posted in activité d'animation, histoires d'animation, intergénération, vidéo tagged , , at 1503 32 par yves clercq

Vous trouverez ci-dessous une petite vidéo relatant une initiative originale du centre d’éducation pour jeunes sourds d’Arras et de l’EHPAD Soleil d’Automne de Saint-Laurent-Blangy.

Après trois mois de répétitions et de préparation,  le théâtre arrageois a accueilli un spectacle original qui peut donner des idées….

 

http://www.agorawebtv.com/article-jeunes-sourds-et-personnes-agees-une-rencontre-pour-un-spectacle-105686395.html

4 septembre 2012

Atelier réminiscence et rentrée des classes

Posted in activité d'animation, parole, réminiscence tagged at 909 14 par yves clercq

Le mois de septembre est une période propice à la nostalgie et aux souvenirs.

Les retours de vacance, la rentrée des classes, les jours qui raccourcissent, l’été qui s’en va petit à petit, les enfants et petits enfants pris par les activités de la rentrée, sont  autant de facteurs qui peuvent contribuer à un sentiment de solitude qu’il est nécessaire d’accompagner. Dans ces moments là, le besoin de libérer son coeur, de se sentir unique, d’être considéré peut être particulièrement lancinant: l’animation est le cadre propice pour permettre aux personnes de partager leurs états d’âmes, leurs souvenirs, leurs manière de considérer le temps qui passe et leurs regards sur les évolutions de notre société.

Pour les personnes qui regardent de loin l’animation, il peut être ainsi tentant de croire que l’animation serait en quelque sorte une entreprise visant uniquement  à  « occuper » ,divertir ou changer les idées. Comme les personnes âgées ont vécu « un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » il est particulièrement tentant de croire que l’évocation du passé suffiraient à les contenter.

Il arrive ainsi souvent que maladroitement, lorsque la personne arrive en maison de retraite, alors que dans sa vie « d’avant » elle était plutôt dans l’instant présent, elle se retrouve inondée  de photos choisies « pour elle » et que les conversations des proches soient centrées sur cet autrefois sensé donner du baume au coeur. Et c’est vrai qu’il arrive encore trop souvent que l’on réduise une partie de l’animation à des activités centrées sur le passé :  films anciens, chansons de naguères, expositions sur la vie « d’avant »ou les objet d’autrefois.

Nous ne pensons pas que l’évocation du passé soit  une mauvaise chose pour nos anciens; par contre, nous pensons qu’il est risqué d’y enfermer les personnes , car inconsciemment on pourrait la conforter dans l’idée que, n’ayant plus d’avenir, elle serait irrémédiablement condamnée à vivre dans ses souvenirs plutôt que dans le présent et l’avenir!

Le partage des souvenirs et l’évocation du passé sont des matériaux indispensables qui permettent la rencontre, l’échange et le partage. Attention de ne pas en faire une finalité!  Si les personnes  âgées ont besoin de partager ce qu’elles ont dans leur coeur ce n’est pas pour fuir la réalité ou se complaire dans  une vie idéalisée , mais pour mieux affronter cette réalité et continuer à avancer.

Pour envisager un avenir malgré le temps qui s ‘accélère et la fin qui s’approche, pour envisager que sa propre valeur ne dépend pas de la quantité de choses vécus ou accumulées, il est nécessaire d’intégrer ce que l’on est, ce que l’on a vécu, de se sentir reconnu avec son histoire et sa propre spécificité.Il est donc important que le passé soit évoqué dans des temps et des espaces délimités, et que  leur finalité dépassent la simple évocation.

Les ateliers réminiscence défendus en France par Arlette Goldberg dans son ouvrage « animer un atelier de réminiscence « (http://www.priceminister.com/offer/buy/18106257/Goldberg-Arlette-Animer-Un-Atelier-De-Reminiscence-Avec-Des-Personnes-Agees-Livre.html) sont ainsi un très bon support pour faire de l’évocation des souvenirs un temps de transmission et d’ancrage dans la réalité.

Le mieux est de fonctionner par séquences de 5 ou 6 ateliers répartis sur plusieurs semaines: non seulement le coté temporaire de l’activité permet symboliquement d’en sifgnifier l’importance, mais  cela permet à l’animateur d’avoir le temps de préparer à l’avance des thèmes en lien avec l’actualité saisonnière (la rentrée des classes, les vendanges, l’automne, etc), de réunir divers supports (visuels, olfactifs, tactiles  auditifs) et de solliciter les résidents et leurs familles afin de l’aider à les réunir.

L’objectif de ces ateliers ne sera donc  pas seulement la stimulation, ou l’évocation de souvenirs, mais de proposer un espace d’échange, permettant de se raconter en toute liberté et sécurité psychologique, et de pouvoir partager leur point de vue et leurs opinions sur l’époque actuelle . Sylvains Sibonie aime à rappeler que la vieillesse sert au moins à une chose: transmettre. Ces ateliers peuvent être l’occasion de véritables de transmissions qui peuvent aider les personnes à trouver la paix intérieure: transmettre ce que l’on a vécu, mais aussi ce que l’on vit, ce que l’on pense, ce que l’on croit.

Il sera nécessaire à cet effet, de créer un climat propice à l’intimité, de veiller à ce que les groupes soient restreints, sans spectateurs passifs afin que les personnes sentent que c’est elles qui sont importantes, plus que les objets ou le passé en tant que tel.

L’animation est un vecteur privilégié qui peut permettre aux personnes de sortir de leur isolement pour aller vers le partage.Malgré des attitudes extérieures qui peuvent parfois laisser penser le contraire, les personnes âgées sont avides de ces rencontres et d ‘échanges de qualité. Cela tombe bien, c’est souvent le désir de rencontre et d’échanges qui est à l’origine de la vocation de bons nombres d’animateurs!

PS: internet est un très bon support pour aider l’animateur à trouver des idées et construire son atelier.

Cidessous 2 liens pouvant aider à construire un atelier sur « l’école et la rentrée des classes » :

http://www.vousnousils.fr/2011/08/24/lecole-en-1930-cetait-comment-511688

 

http://museeecole1930messeix.fr/

25 juillet 2012

La vieille femme grincheuse

Posted in activité d'animation, parole tagged at 1010 30 par yves clercq

Cela fait des années que ce poème circule dans les formations , dans les institutions et sur les forums internet. Selon, les commentaires, il a été retrouvé dans les affaires d’une vieille dame Irlandaise que l’on croyait « sénile », après sa mort.

Il peut être un très bon support lors d’un atelier « poésie ».

QUE VOIS TU TOI QUI ME SOIGNE ? QUE VOIS TU ?
QUAND TU ME REGARDES QUE PENSES TU ?

Une vieille dame grincheuse un peu folle
Le regard perdu qui n’y est plus tout à fait
Qui bave quand elle mange et ne répond jamais
Qui, quand tu dis d’une voix forte « essayez »
Semble ne prêter aucune attention à ce que tu fais
Et ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas,
Qui docile ou non te laisse faire à sa guise ,
Le bain et les repas pour occuper la longue journée grise.
C’est ca que tu penses, c’est ca que tu vois ?
Alors ouvre les yeux, ce n’est pas moi

Je vais te dire qui je suis, assise là si tranquille
Me déplaçant à ton ordre , mangeant quand tu veux
Je suis la dernière de dix, avec un père et une mère
Des frères et des sœurs qui s’aiment entre eux .
Une jeune fille de quinze ans, des ailes aux pieds
Rêvant que bientôt, elle rencontrera un fiancé
Mariée déjà à 20 ans. Mon cœur bondit de joie
J’ai 25 ans maintenant et un enfant à moi
Qui a besoin de moi pour lui construire une maison
Une femme de trente ans, mon enfant grandit vite
Nous sommes liés l’un à l’autre par des liens qui dureront
Quarante ans , bientôt il ne sera plus là
Mais mon homme est à mes côtés qui veille sur moi
Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés
Me revoilà avec des enfants, moi et mon bien aimé
Voici les jours noirs, mon mari meurt
Je regarde vers le futur, en frémissant de peur
Car mes enfants sont tous occuper à élever les leurs
Et je pense aux années et à l’amour que j’ai connus

Je suis vieille maintenant, et la nature est cruelle
Qui s’amuse a faire passer la vieillesse pour folle
Mon corps s’en va, la grâce et la force m’abandonnent
Et il y a une pierre là où jadis j’eus un cœur
Mais dans cette vieille carcasse la jeune fille demeure
Dont le vieux cœur se gonfle sans relâche
Je me souviens des joies, je me souviens des peines
Et à nouveau je sens ma vie et j’aime
Je repense aux années trop courtes et trop vite passées

Et accepte cette réalité implacable que rien ne peut durer
Alors ouvre les yeux, toi qui me soigne et regarde
Non la vieille dame grincheuse…regarde mieux, tu me verras

19 juillet 2012

réflexions d’été

Posted in billet, parole tagged at 1301 42 par yves clercq

Le retour de l’été est une période particulière pour chacun. La perspective des vacances, de rompre avec le  rythme effréné du quotidien, de prendre le temps pour voir des personnes qui nous sont chères, de retrouver des lieux et des espaces parfois chargés de souvenirs, nous  plonge malgré nous dans une atmosphère propices au retour sur soi, aux bilans ,  et parfois à la nostalgie.

Pour nos anciens,  le retour du beau temps ( ou au contraire son absence) est aussi une période qui peut favoriser l’émergence de souvenirs: on repense aux été en familles du temps où les enfants étaient plus petit, ou le conjoint était encore de ce monde, on repense à son enfance, à ses parents, au soleil, à la mer; les images défilent dans les têtes, on aimerait les partager, ce qui est parfois difficile, car l’été est une  période où la « routine » institutionnelle est bouleversée: les soignants se font remplacer, les habitudes sont donc obligatoirement bousculées, les activités passent elles aussi à l’heure d’été, les enfants et petits enfants partent en vacances et modifient leurs rythmes de visite ou, au contraire, en profitent pour visiter leurs parents. Certains partent quelques jours en voyage, d’autres sont confrontés à la réalité de leur  solitude.

Quelle que soit la situation particulière propre à chacun, nous devons être vigilant à permettre aux personnes d’échanger sur l’été, de partager leurs souvenirs et leurs ressentis, bref de se libérer de pensées ou d’images qui, si elles ne sont pas partagées peuvent devenir vite envahissantes, voire facteurs de déprime.

Parfois certains professionnels ont peur d’annoncer qu’ils vont eux-même prendre des congés « comment leur dire que je pars à la mer, alors qu’ils sont cloués ici? » Annoncer ses congés aux résidents est un aspect qu’il ne faut pas négliger: car ce n,’est pas en cachant la réalité et en voulant les surprotéger, qu’on aide les personnes à faire avec le réel.

Prendre le temps d’expliquer comment va se passer l’été, permet non seulement aux résident d’anticiper, de leur montrer le respect qu’on leur porte, mais aussi d’entendre les appréhensions et les doutes, donc d’éviter que ceux-ci se transforment en trouble du comportement ( ceux-ci dans beaucoup de cas, exprimant les maux qui ne sont pas dits en mots).

Et nous, dans nos institutions,  comment faisons-nous des vacances, une opportunité pour entendre  la parole des personnes?

 

29 juin 2012

atelier parole: regard poétique sur la vieillesse

Posted in activité d'animation, parole tagged , at 1010 05 par yves clercq

Animer un atelier parole, écriture ou poésie , nécessite surtout des supports qui suscitent l’intérêt, la curiosité, l’envie d’échanger.

vous trouverez ci dessous, une photo qui peut être un joli support à cetéchange.

Image

21 juin 2012

j’veux du soleil

Posted in histoires d'animation, initiative, insolite, vidéo tagged , at 1402 45 par yves clercq

Une ancienne stagiaire de la formation animateur en gérontologie nous avait envoyé la vidéo réalisé dans sa structure.

La fête de la musique est l’occasion d’apprécier ce qui a du représenter un travail colossal.

cliquez ci-dessous pour accéder à la vidéo.

http://www.youtube.com/watch?v=RXmhiZHEiNw

N’hésitez pas à nous faire parvenir vos propres créations nous nous ferons un plaisir de les relayer…..

12 juin 2012

animer : favoriser la transmission

Posted in activité d'animation, atelier vidéo, finalités de l'animation, vidéo tagged , at 707 36 par yves clercq

Les personnes qui regardent l’animation de loin , pourraient parfois s’imaginer(à tord) qu’ « animer  des personnes âgées  » se serait les occuper, les stimuler, les divertir.

On n’anime pas des personnes âgées. On anime des dessins, des pantins ou des images de synthèse; l’animation ne consiste pas non plus à de la « réanimation » on réanime de personnes dans le coma, ou un projet enterré depuis longtemps, mais pas des personnes vivantes.

Chacun se fait sa propre définition de l’animation, en fonction du projet de son institution, de sa formation de ses intérets.

Pour  le psychologue Sylvain Siboni  le but principal de la vieillesse c’est de transmettre son expérience au génération plus jeune. Il a mis ainsi en oeuvre au sein d’un accueil de jour, un accompagnement centré sur cette idée de transmission.

Dans cette optique, le  professionnel qui propose une activité d’animation, n’est plus là seulement pour donner, mais aussi pour recevoir.

Recevoir une parole, une expérience, un point de vue.

Les outils de l’animateur ne sont alors que des prétextes à favoriser la parole, la transmission de ce que l’on est.

A cet effet, l’atelier vidéo/parole est un outil très intéressant qui peut favoriser la parole et les échanges d’expérience.

L’objectif final de cet atelier, n’étant pas de regarder une vidéo mais de s’en servir comme support pour un moment d’écoute et de partage.

Les nouveaux outils de communication et la multiplication des chaînes de télévision locales sont à cet effet une aubaine pour l’animateur. Il est relativement facile de trouver des sujets ancrés autour des territoires d’où sont issus les résidents et de les partager.

L’émission ah mes aïeux  sur TV vendée, est un exemple d’émission qui peut tout à fait convenir à un public d’ancien.

Les 2 animateurs, une personne jeune et un ancien, nous proposent un duo très sympathique et revisitent l’histoire et les personnages de la Vendée, en patois vendéen et avec humour….  Après les 10 premières minutes (plus culturelles) la deuxième partie est un dialogue savoureux ou Claude Mercier essaye de transmettre à Adèle Fugère des notions de patois et de traditions d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaitre…

si cette expérience vous tente, je pourrais revenir sur plus longuement sur la méthodologie à mettre en oeuvre pour ce genre d’animation.

Vous pouvez aussi nous contacter pour nous faire part de vos expériences et questions ….…

http://tvvendee.fr/emission-ah-mes-aieux

5 juin 2012

Médiation animale

Posted in histoires d'animation, médiation animale tagged , at 1212 34 par yves clercq

ci dessous un lien vers un reportage sympathique sur la médiation animale en maison de retraite…de quoi donner des idées…

http://www.tvvendee.fr/video-TVV_le_journal_20120529_07.aspx

Lire la suite »

25 mai 2012

une histoire de rencontres

Posted in histoires d'animation, initiative, vidéo tagged at 707 53 par yves clercq

bonjour à tous

vous trouverez ci dessous le lien vers une vidéo qui témoigne d’une initiative intéressante et originale.

 » Après trois longs mois de répétitions et de préparation, après d’interminables exercices de diction et d’expression chez les uns, après d’énormes efforts de mémoire consentis chez les autres, le théâtre arrageois a accueilli le spectacle du centre d’éducation pour jeunes sourds d’Arras et de l’EHPAD Soleil d’Automne de Saint-Laurent-Blangy. »

Cette initiative va au delà de l’intergénérationnel : comme le dit la personne interviewé sur la fin , si les personnes avaient du mal à se quitter ce n’est pas seulement à cause du spectacle, mais pour ce qu’ils avaient vécus entre eux aux répétitions.

l’animation c’est avant tout une histoire de rencontre.

http://www.dailymotion.com/video/xqzr2n_jeunes-sourds-et-personnes-agees-une-rencontre-pour-un-spectacle_creation

14 mai 2012

Madame Lambert (la suite)

Posted in histoires d'animation tagged at 707 12 par yves clercq

Comme vous avez été bien sage, voilà la suite et fin de l’histoire de Madame Lambert.

Catherine pris conscience que sa réaction avait fait mal à Mme Lambert. Son premier mouvement fut pourtant de se rassurer en se disant qu’elle n’y était pour rien, que c’était de la faute à Mme Lambert qui ne savait pas ce qu’elle voulait… « A quoi bon me décarcasser si c’est pour avoir si peu de résultats. » En l’espace d’une seconde, elle repensa à sa grand-mère, qui avait refusé au dernier moment la sortie que Catherine avait imaginé et désiré pour elle, son sentiment de frustration et de colère dont elle s’était sentie coupable et cette même phrase qui avait résonné en elle durant tout le voyage de retour  « A quoi bon me décarcasser si c’est pour avoir si peu de résultats. » Elle fut surprise de constater qu’elle avait réagit envers Mme Lambert avec les mêmes sentiments de frustration et de colère qu’elle avait eu contre sa grand-mère, sauf qu’elle ne s’était pas interdite de les formuler. Elle sentait que son agressivité réveillait sa peur d’être jugée, de donner raison aux équipes qui trouvaient qu’elle perdait souvent son temps, en particulier à vouloir aider des résidentes comme Mme Lambert qui de toute façon était dépressive. Elle repensait à la déception de Mr Paul le jour où elle lui avait annoncé qu’il ne pourrait faire cette sortie avant les fêtes et la difficulté qu’elle avait à assumer tout regard de mécontentement. Elle aimait faire plaisir, elle avait peur de décevoir les résidents, elle avait trop besoin qu’on lui témoigne non pas de la reconnaissance, mais des signes de son utilité dans la maison. Elle réalisait combien elle avait du mal a accepter la fragilité des autres : Sans doute se sentait elle renvoyé à ses propres peurs de ne pas âtre aimé, à ses professeurs qui lui disait « tu es bonne à rien » à sa grand-mère qui lui disait « t’as pas inventé la poudre, mais t’es bonne…. Tu me ressemble »

Catherine, repris sa respiration et se remémora les mots qui lui avaient été donné en formation peu de temps auparavant. Le formateur avait expliqué qu’en matière de communication, il fallait se donner le droit à l’erreur, car il n’existe pas de solutions miracles en matière de relation d’aide et que la personne âgée nous renvoyait souvent à nos propres blessures. Et si l’interlocuteur était triste ou anxieux, il ne fallait pas forcément tenter de la rassurer en la persuadant que tout allait bien ou qu’on avait des solutions, mais plutôt de l’écouter en lui signifiant par des mots cette attention que nous lui portons. Le formateur avait insisté  sur le fait que s’intéresser au ressenti de l’autre, sans chercher à donner de solutions et croire que l’autre, même dément, ait ses propres réponses permettait généralement de soulager la personne. Notre simple présence, pleine d’attention, de respect et d’écoute permettait donc de rassurer l’autre en l’aidant à sentir que sa parole avait de la valeur et donc de le restaurer dans son identité défaillante.

Elle se rappela les exercices de reformulation qu’elle avait pratiqué :

« Mme Lambert, je constate que mes paroles vous ont fait mal…(silence)… Je vous demande pardon… »

Elle lui pris la main et murmura de la voix la plus douce possible :

«  Vous me semblez préoccupé… Vous me disiez que vous hésitez à sortir ?

Elle n’avait pas envie de parler à Catherine, de lui expliquer ce qu’elle ressentait : elle ne pouvait être comprise. Elle n’avait pas envie de réponses toute faite comme le lui avait faite la fille qui l’avait aidé à s’habiller le matin même ; elle avait essayé de se soulager en lui confiant ses peurs, mais n’attendait pas de réponse. La fille s’était empresser  de répondre par des banalités comme si le silence la gênait : « Mais vous êtes encore très jolie…moi je vous trouve très élégante, et puis ça vous fera du bien de sortir » Et tout en joignant le geste à la parole elle lui avait mis ses charentaises, et un gilet violet alors qu’elle avait sa belle robe bleue… « vous êtes très élégante » Ce genre d’argument qu’il fallait entendre l’énervait… elle était une vieille femme… Elle n’attendait pas qu’on lui prouve le contraire, mais plutôt qu’on l’aide à s’accepter comme elle, qu’on entende que pour elle sortir était un effort, qu’elle avait toujours eu peur des regards qui lui aurait dit « tu n’es pas gentille… tu es gênante » Au lieu de ça on essayait de la persuader qu’elle avait tord….

Si les mots de Catherine lui avaient fait mal et qu’elle s’était sentit honteuse de ses larmes, comme lorsque enfant on lui disait qu’elle n’était pas une gentille petite fille, le silence respectueux de son interlocutrice qui ne cherchait pas à empêcher ses larmes la rassura, elle se sentie invitée à ouvrir son cœur : plus les mots sortaient, plus Catherine écoutait, plus Mme Lambert se surprenait à dire tout ce qu’elle avait gardé dans son cœur depuis des années, comme un secret honteux : elle n’était pas folle, simplement vieille, manquant d’assurance, avec un cœur plus fragile qu’avant, parce qu’usé par la mort de son mari, l’absence de ses enfants et les soucis propres à toute vieille femme loin de chez elle. Sa maison lui manquait, oh, elle s’était faite rapidement au cadre chaleureux de la maison de retraite, mais elle avait pensé que pour s’y habituer il fallait tourner la page, elle n’avait donc pas amené les objets qui lui tenaient le plus à cœur, elle avait donné ses bijoux à ses belles filles et confié son chat à sa voisine. Elle se forçait à croire que ça avait été facile, elle s’interdisait d’être triste, de regretter, de penser au passé, et s’efforçait surtout de paraître à la hauteur et digne, pourtant… le soir, quand la veilleuse avait terminé son tour, elle s’effondrait seule dans son lit, elle se surprenait à fondre en larme, parler à son mari, appeler sa maman au secours quand elle se rappelait qu’il n’était plus là, à faire comme avant…. Elle avait bien essayé d’en parler au médecin, mais il ne l’avait pas entendu : il avait souri d’un air condescendant, il avait du la prendre pour une de ces folles que l’on voit déambuler dans les couloirs du 3ème étage ; il lui avait seulement prescrit un somnifère et un cachet en lui disant « allons, allons, ça ira mieux demain, un peu de bonne volonté… » Elle mourait de trop de bonnes volontés : elle se contrôlait en tout et pour tout, c’est ce qui avait provoqué sa chute : elle faisait tellement attention à ne pas pleurer, ne pas se plaindre, ne pas manifester le moindre signe de mécontentement, qu’elle en oubliait d’être elle même ! Alors que ces maudits cachets lui tournaient la tête, elle n’avait osé rien dire aux infirmières, elle n’aimait pas se plaindre, elle  avait peur qu’on lui dise qu’elle perde la tête, un peu de volonté suffirait ! Elle était allée à la salle à Manger comme si de rien était et n’avait pas vu la canne de Mr Dupont, concentrée qu’elle était à donner une image d’elle qui cacherait ses soucis…. Puis se fut le trou noir, le réveil dans une chambre d’hôpital, des couches, ou plutôt des protections comme disent les filles, personne pour lui dire où elle est, ce qui se passe, que des inconnus. L’angoisse, la peur d’être abandonnée, les blouses blanches qui disent de ne pas s’inquiéter, comme si on le faisait exprès, de sonner si ça ne va pas mais nous fait des reproche par la suite si on a sonné et que ce n’est pas grave… Puis, un jour, une ambulance vient nous prendre nous amène dans une maison dans un centre de rééducation, et un jour, le retour à la résidence… La peur de marcher, des regards, d’être prise pour une folle. Les toilettes intimes faites par des jeunes filles qui ne comprennent pas que c’est difficile, l’envie de mourir, la peur de mourir…

Ce matin là, Mme Lambert s’était réveillée en paix. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas eu une nuit calme et reposante pour l’esprit. La veille, elle s’était sentit rassuré de voir qu’elle pouvait enfin avoir le droit d’être triste, qu’au-delà des mots qu’elle pouvait exprimer, on lui avait autorisé à être elle même. Elle se sentait plus en confiance. Elle avait envie de vivre l’instant présent avec plus de sérénité. Elle avait enfin le sentiment que la petite fille inquiète qu’elle avait été et qu’elle «était encore parfois avait le droit de se montrer faillible. Elle se rappelait avec plaisir qu’elle avait eu le droit de faire des choix et  de douter, de tout simplement être encore femme.

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