31 mai 2012

humour…

Posted in insolite tagged à 909 50 par yves clercq

Aujourdh’ui c’est la journée sans tabac….. 

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30 mai 2012

Animateur: créer du lien.

Posted in finalités de l'animation, histoires d'animation tagged , à 1111 54 par yves clercq

Photo © Anne-Sophie Zika

Le site pélerin info propose un reportage sur une résidence dont le projet est d’accueillir personnes âgées, familles et personnes trisomiques. Dans une clinique désaffectée d’Arras (Pas-de-Calais), cette résidence unique prend peu à peu ses marques. Un seul objectif : créer une vie de village.

 L‘animatrice est présentée comme « le ciment  » de la maison, puisqu’elle a pour mission de créer du lien et d’animer le projet.

http://www.pelerin.info/Photo-video/Diaporama-sonore/A-l-ilot-Bon-Secours-Arras-seniors-familles-et-adultes-trisomiques-vivent-ensemble

Dans une clinique désaffectée d’Arras (Pas-de-Calais), une résidence unique prend peu à peu ses marques. L’îlot Bon Secours accueille seniors, familles et personnes trisomiques avec un seul objectif : créer une vie de village

De nombreux Arrageois sont nés à la clinique Bon Secours, une imposante bâtisse de briques située au cœur de la ville d’Arras (Pas-de-Calais). Depuis le printemps dernier, certains y ont élu domicile puisque la clinique, désaffectée, a été réaménagée en lieu de vie intergénérationnel.

Des personnes seules, jeunes ou âgées, des familles avec ou sans enfants mais aussi des adultes handicapés cohabitent dans ce lieu chargé d’histoire.

Une partie des logements est réservée à des foyers modestes tandis que d’autres sont destinés à des locataires disposant de revenus supérieurs à la moyenne. De quoi assurer la mixité sociale voulue par Pas-de-Calais Habitat, bailleur social et gestionnaire de l’îlot Bon Secours.

Les résidents communiquent aussi grâce à des tablettes numériques

Cette initiative expérimentale a pour objectif de lutter contre les solitudes en favorisant les relations entres les locataires des 70 logements flambants neufs.

Régulièrement, des animations permettent aux voisins de faire connaissance. Quelques mois seulement après l’inauguration des lieux, des liens se sont déjà noués. Certains résidents s’échangent des services : cours de piano, arrosage des plantes pendant les vacances ou, tout simplement, invitation à dîner.

Chaque logement est équipé d’une tablette numérique dernier cri qui permet aux locataires de communiquer entre eux. Au rez-de-chaussée, une crèche d’entreprise accueille 35 enfants et plusieurs associations investissent régulièrement les locaux de Bon Secours, participant à la vie du site.

Bientôt, un jardin suspendu trouvera sa place entre les murs de l’ancienne clinique, une occasion de plus pour se retrouver entre voisins.

25 mai 2012

une histoire de rencontres

Posted in histoires d'animation, initiative, vidéo tagged à 707 53 par yves clercq

bonjour à tous

vous trouverez ci dessous le lien vers une vidéo qui témoigne d’une initiative intéressante et originale.

 » Après trois longs mois de répétitions et de préparation, après d’interminables exercices de diction et d’expression chez les uns, après d’énormes efforts de mémoire consentis chez les autres, le théâtre arrageois a accueilli le spectacle du centre d’éducation pour jeunes sourds d’Arras et de l’EHPAD Soleil d’Automne de Saint-Laurent-Blangy. »

Cette initiative va au delà de l’intergénérationnel : comme le dit la personne interviewé sur la fin , si les personnes avaient du mal à se quitter ce n’est pas seulement à cause du spectacle, mais pour ce qu’ils avaient vécus entre eux aux répétitions.

l’animation c’est avant tout une histoire de rencontre.

http://www.dailymotion.com/video/xqzr2n_jeunes-sourds-et-personnes-agees-une-rencontre-pour-un-spectacle_creation

23 mai 2012

musique et ateliers chorale en ehpad (introduction d’une réflexion)

Posted in atelier chorale, musique et animation tagged , à 1301 16 par yves clercq

La musique adoucit les moeurs affirme le dicton. Elle a en effet  des vertus potentiellement apaisantes voir thérapeutique qui vont au delà de la simple détente.

Le docteur Tomatis avait déjà souligné les vertus thérapeutique du chant grégorien et l’action dynamisante de Mozart sur l’individu (des effets visibles sur la fréquence cardiaque et respiratoire ), d’autres auteurs soulignant l’effet bénéfique de Vivaldi sur la dépression.  Naomi Feil, la créatrice de la validation  propose d’utiliser  le chant avec les personnes qui ne communiquent plus.

Depuis plusieurs années on a ainsi redécouvert les vertus de la musique  auprès des personne âgées , notamment auprès des personnes souffrant de pathologie dégénératives.

Dans uns époque où la musique est devenu un objet de consommation comme un autre, elle est  omniprésente. Elle est devenue notre ambiance de fond, elle rempli l’espace,  nous évite même de nous confronter au silence qui fait de plus en plus peur, elle nous évite de nous confronter à nous même.

Certains ehpad diffusent ainsi en bruit de fond permanent, de la musique dans les couloirs du matin au soir: Outre qu’il arrive souvent que le choix de la radio ne soit pas forcément adapté culturellement aux personnes âgées, on peut s’interroger sur son véritable effet sur les résidents : la consommation passive de la musique favorise-telle réellement un climat d’apaisement et de sérénité?  Pas si sûr. Elle a sûrement un effet bénéfique sur le visiteur, qui est rassuré de voir « qu’il y a de la vie dans les couloirs » que « l’ambiance n’est pas morbide », car « il faut que ça bouge »; par contre elle rend plus difficile la communication entre résidents; en comblant l’espace et le silence, elle ne favorise pas le silence intérieur nécessaire à l’élaboration, à la mise en mot, à la recherche de clefs personnelles, elle peut même aggraver l’angoisse en la rendant diffuse.

Un résident me disait ainsi combien il avait l’impression d’être abruti par cette musique omniprésente qu’il vivait « comme un moyen qu’on avait trouvé pour les faire taire! ».

On utilise souvent le chant et la musique dans un axe occupationnel,et on risque alors d’oublier ses vertus thérapeutiques pourtant réelles.

Car la musique à des vertus thérapeutiques à condition qu’elle n’anesthéise pas la personne, qu’elle lui permette de sortir d’une écoute passive pour redevenir acteur.

Les animateurs le savent bien, pratiquer le chant n’est pas qu’une gentille activité occupationelle, c’est aussi une voie intéressante pour aider les personnes à “se brancher” avec elle même: le chant met en jeu tout un panel affectif, il permet de se réapproprier son corps, à redevenir acteur, il peut même aider des personnes aphasiques à utiliser d’autres zones de leur cerveau pour réapprendre à parler.

Beaucoup d’animateurs l’ont compris depuis longtemps, c’est pourquoi la plupart de nos Ehpad proposent des ateliers chorales, voir des ateliers musicothérapie. L’objectif étant de permettre aux personnes de vivre un moment de partage, de convivialité , de réminiscence, mais aussi d’écoute et de réappropriation de soi; l’animateur étant là pour impulser le mouvement, proposer des chansons, animer le tout, écouter.

Trop souvent, les personnes extérieures à l’animation ne voient que la face émergente de l’iceberg et pensent que « faire chanter les personnes âgées » n’est pas véritablement un travail et que l’animation est quand même une « planque facile » : »ce n’est pas difficile de faire cela » « c’est quand même cool de les faire chanter », »il/elle se la coule douce », etc… Ces réflexions témoignent hélas de cette difficulté à reconnaître que l’animation est un vrai métier qui nécessite de vrais compétences et une solide expérience: j’ai encore en mémoire  ces chorales improvisées ratées, mises en place par des stagiaires infirmières et/ou aides soignantes dévoués à qui on demandait, les jours d’absence de l’animatrice,  d’ « occuper » les résidents de l’ehpad, car « c’est à la porté de tout le monde! » Et .bien non! Animer c’est un métier!

Considérer l’animateur comme une personne interchangeable, c’est oublier, voire mépriser, tout le travail et le professionnalisme de l’animateur en amont,  l’énergie pour mobiliser les personnes, leur donner envie de venir,  la concentration déployée pour animer ce temps, etc.

Car, un atelier chant, si on veut qu’il ait des effets thérapeutique nécessite un vrai travail de préparation, et une vraie compétence: le risque permanent étant de rendre les personnes passives, ce qui serait un comble pour un atelier chant!

De ce fait les professionnels sont en perpétuels questionnement: faut-il renouveler régulièrement le répertoire? Comment  inviter les personnes à proposer des chansons? Faut-il en finir avec les javas bleus et amants de Saint Jean? Faut-il les « ouvrir » à la culture moderne? Comment faire pour les rendre plus acteurs? Faut-il ouvrir ou fermer le groupe? etc. Des questions qui témoignent que loin d’être une activité gentillette, l’animation est tout sauf un travail d’amateur.

Nous essaierons au fur et à mesure des posts de réfléchir à ces questions. Nous espérons aussi, que les lecteurs de ce blogs contribueront activement à cette réflexion….

21 mai 2012

les activités de loisirs et la maladie d’Alzheimer

Posted in finalités de l'animation tagged à 606 53 par yves clercq

Le blog du mythe-Alzheimer nous propose régulièrement des textes qui font le point sur des aspects méconnus ou des préjugés relatifs à la maladie d’Alzheimer. Le dernier article traite de l’importance des activités de loisirs dans la lutte contre la « démence »… ci dessous, le résumé de celui-ci que vous pouvez lire entièrement en cliquant ici:

http://mythe-alzheimer.over-blog.com/article-les-activites-de-loisirs-chez-les-personnes-presentant-une-demence-un-espace-de-resistance-contr-105458761.html

 

Résumé de la chronique

Les loisirs sont considérés comme un espace idéal permettant aux groupes marginalisés de résister aux structures de pouvoir et aux idéologies. Dans ce contexte, les loisirs fournissent aux personnes âgées un lieu de résistance à la perte de pouvoir et d’indépendance que propagent les stéréotypes sur le vieillissement et qui découlent aussi du processus de vieillissement en tant que tel. Plus spécifiquement, l’engagement dans des activités de loisirs permet aux personnes présentant une « démence » (y compris celles vivant dans une structure d’hébergement à long terme) de mettre en avant leur autonomie, leur indépendance et le maintien de certaines capacités, toutes caractéristiques pouvant leur être déniées par les autres.

Les activités de loisirs permettent ainsi aux personnes présentant une « démence » de contrer les menaces qui pèsent sur leur identité, d’affirmer les aspects de l’identité qu’elles valorisent et d’établir de nouvelles dimensions identitaires. Les loisirs constituent aussi une diversion par rapport aux événements de vie négatifs, amènent à une attitude plus optimiste concernant le futur, aident au développement personnel et contribuent au sentiment de continuité personnelle.

Il apparaît donc essentiel de favoriser l’accès des personnes âgées ayant un vieillissement cérébral/cognitif problématique et, plus généralement, de toutes les personnes âgées, à des activités de loisirs favorisant la continuité et la transformation de l’identité : la continuité en adaptant les activités pour qu’elles puissent être maintenues en dépit des difficultés cognitives, la transformation en offrant des possibilités de nouvelles activités et en suscitant de nouveaux intérêts.

Il ne s’agit donc pas uniquement de proposer des activités de divertissement mais aussi de permettre aux personnes âgées d’exercer et de manifester leurs capacités. Il importe aussi de déterminer les activités qui ont un sens pour chaque personne et, pour ce faire, il faut entendre ce que les personnes âgées ont à dire et en tenir compte.

Par ailleurs, on reconnaît actuellement l’importance qu’il y a à proposer aux personnes âgées des appuis et des activités qui soient intégrés dans leur communauté de vie. Dans cette perspective, les Arts Communautaires Engagés (ACE) ont été promus afin de soutenir l’intégration sociale des personnes âgées. Les projets ACE fournissent un environnement dans lequel des artistes professionnels collaborent avec des personnes (notamment des personnes âgées) afin de créer une œuvre ou un spectacle sur un thème qui est pertinent pour la communauté de vie des participants. L’idée est que cette œuvre ou ce spectacle soient finalement présentés dans un espace public pour que la communauté dans son ensemble puisse y avoir accès et les apprécier. Une étude a montré que les personnes âgées en risque d’isolement social et qui ont participé à ce type de projet ont étendu leurs relations au sein de la communauté, ont été reconnues et valorisées pour leur contribution et, en travaillant ensemble pour un but partagé, ont établi des liens forts avec les autres membres du groupe.

En conclusion, il apparaît que les activités de loisirs (insérées dans la communauté de vie) représentent un espace de liberté apte à procurer du plaisir, ainsi que des moments de diversion face aux tensions de la vie quotidienne. Mais elles contribuent aussi à favoriser le maintien et le développement de l’identité, l’indépendance, le sentiment de continuité personnelle et l’intégration sociale des personnes présentant un vieillissement cérébral et cognitif problématique.

Relevons enfin que mettre l’accent sur les activités de loisirs (dans leur diversité, incluant le bénévolat, les activités associatives et militantes, l’aide à autrui), c’est aussi s’affranchir d’une vision productiviste de la société, qui conduit à associer de façon privilégiée vieillissement actif, travail professionnel des personnes âgées et allongement de l’âge de la retraite.

14 mai 2012

Madame Lambert (la suite)

Posted in histoires d'animation tagged à 707 12 par yves clercq

Comme vous avez été bien sage, voilà la suite et fin de l’histoire de Madame Lambert.

Catherine pris conscience que sa réaction avait fait mal à Mme Lambert. Son premier mouvement fut pourtant de se rassurer en se disant qu’elle n’y était pour rien, que c’était de la faute à Mme Lambert qui ne savait pas ce qu’elle voulait… « A quoi bon me décarcasser si c’est pour avoir si peu de résultats. » En l’espace d’une seconde, elle repensa à sa grand-mère, qui avait refusé au dernier moment la sortie que Catherine avait imaginé et désiré pour elle, son sentiment de frustration et de colère dont elle s’était sentie coupable et cette même phrase qui avait résonné en elle durant tout le voyage de retour  « A quoi bon me décarcasser si c’est pour avoir si peu de résultats. » Elle fut surprise de constater qu’elle avait réagit envers Mme Lambert avec les mêmes sentiments de frustration et de colère qu’elle avait eu contre sa grand-mère, sauf qu’elle ne s’était pas interdite de les formuler. Elle sentait que son agressivité réveillait sa peur d’être jugée, de donner raison aux équipes qui trouvaient qu’elle perdait souvent son temps, en particulier à vouloir aider des résidentes comme Mme Lambert qui de toute façon était dépressive. Elle repensait à la déception de Mr Paul le jour où elle lui avait annoncé qu’il ne pourrait faire cette sortie avant les fêtes et la difficulté qu’elle avait à assumer tout regard de mécontentement. Elle aimait faire plaisir, elle avait peur de décevoir les résidents, elle avait trop besoin qu’on lui témoigne non pas de la reconnaissance, mais des signes de son utilité dans la maison. Elle réalisait combien elle avait du mal a accepter la fragilité des autres : Sans doute se sentait elle renvoyé à ses propres peurs de ne pas âtre aimé, à ses professeurs qui lui disait « tu es bonne à rien » à sa grand-mère qui lui disait « t’as pas inventé la poudre, mais t’es bonne…. Tu me ressemble »

Catherine, repris sa respiration et se remémora les mots qui lui avaient été donné en formation peu de temps auparavant. Le formateur avait expliqué qu’en matière de communication, il fallait se donner le droit à l’erreur, car il n’existe pas de solutions miracles en matière de relation d’aide et que la personne âgée nous renvoyait souvent à nos propres blessures. Et si l’interlocuteur était triste ou anxieux, il ne fallait pas forcément tenter de la rassurer en la persuadant que tout allait bien ou qu’on avait des solutions, mais plutôt de l’écouter en lui signifiant par des mots cette attention que nous lui portons. Le formateur avait insisté  sur le fait que s’intéresser au ressenti de l’autre, sans chercher à donner de solutions et croire que l’autre, même dément, ait ses propres réponses permettait généralement de soulager la personne. Notre simple présence, pleine d’attention, de respect et d’écoute permettait donc de rassurer l’autre en l’aidant à sentir que sa parole avait de la valeur et donc de le restaurer dans son identité défaillante.

Elle se rappela les exercices de reformulation qu’elle avait pratiqué :

« Mme Lambert, je constate que mes paroles vous ont fait mal…(silence)… Je vous demande pardon… »

Elle lui pris la main et murmura de la voix la plus douce possible :

«  Vous me semblez préoccupé… Vous me disiez que vous hésitez à sortir ?

Elle n’avait pas envie de parler à Catherine, de lui expliquer ce qu’elle ressentait : elle ne pouvait être comprise. Elle n’avait pas envie de réponses toute faite comme le lui avait faite la fille qui l’avait aidé à s’habiller le matin même ; elle avait essayé de se soulager en lui confiant ses peurs, mais n’attendait pas de réponse. La fille s’était empresser  de répondre par des banalités comme si le silence la gênait : « Mais vous êtes encore très jolie…moi je vous trouve très élégante, et puis ça vous fera du bien de sortir » Et tout en joignant le geste à la parole elle lui avait mis ses charentaises, et un gilet violet alors qu’elle avait sa belle robe bleue… « vous êtes très élégante » Ce genre d’argument qu’il fallait entendre l’énervait… elle était une vieille femme… Elle n’attendait pas qu’on lui prouve le contraire, mais plutôt qu’on l’aide à s’accepter comme elle, qu’on entende que pour elle sortir était un effort, qu’elle avait toujours eu peur des regards qui lui aurait dit « tu n’es pas gentille… tu es gênante » Au lieu de ça on essayait de la persuader qu’elle avait tord….

Si les mots de Catherine lui avaient fait mal et qu’elle s’était sentit honteuse de ses larmes, comme lorsque enfant on lui disait qu’elle n’était pas une gentille petite fille, le silence respectueux de son interlocutrice qui ne cherchait pas à empêcher ses larmes la rassura, elle se sentie invitée à ouvrir son cœur : plus les mots sortaient, plus Catherine écoutait, plus Mme Lambert se surprenait à dire tout ce qu’elle avait gardé dans son cœur depuis des années, comme un secret honteux : elle n’était pas folle, simplement vieille, manquant d’assurance, avec un cœur plus fragile qu’avant, parce qu’usé par la mort de son mari, l’absence de ses enfants et les soucis propres à toute vieille femme loin de chez elle. Sa maison lui manquait, oh, elle s’était faite rapidement au cadre chaleureux de la maison de retraite, mais elle avait pensé que pour s’y habituer il fallait tourner la page, elle n’avait donc pas amené les objets qui lui tenaient le plus à cœur, elle avait donné ses bijoux à ses belles filles et confié son chat à sa voisine. Elle se forçait à croire que ça avait été facile, elle s’interdisait d’être triste, de regretter, de penser au passé, et s’efforçait surtout de paraître à la hauteur et digne, pourtant… le soir, quand la veilleuse avait terminé son tour, elle s’effondrait seule dans son lit, elle se surprenait à fondre en larme, parler à son mari, appeler sa maman au secours quand elle se rappelait qu’il n’était plus là, à faire comme avant…. Elle avait bien essayé d’en parler au médecin, mais il ne l’avait pas entendu : il avait souri d’un air condescendant, il avait du la prendre pour une de ces folles que l’on voit déambuler dans les couloirs du 3ème étage ; il lui avait seulement prescrit un somnifère et un cachet en lui disant « allons, allons, ça ira mieux demain, un peu de bonne volonté… » Elle mourait de trop de bonnes volontés : elle se contrôlait en tout et pour tout, c’est ce qui avait provoqué sa chute : elle faisait tellement attention à ne pas pleurer, ne pas se plaindre, ne pas manifester le moindre signe de mécontentement, qu’elle en oubliait d’être elle même ! Alors que ces maudits cachets lui tournaient la tête, elle n’avait osé rien dire aux infirmières, elle n’aimait pas se plaindre, elle  avait peur qu’on lui dise qu’elle perde la tête, un peu de volonté suffirait ! Elle était allée à la salle à Manger comme si de rien était et n’avait pas vu la canne de Mr Dupont, concentrée qu’elle était à donner une image d’elle qui cacherait ses soucis…. Puis se fut le trou noir, le réveil dans une chambre d’hôpital, des couches, ou plutôt des protections comme disent les filles, personne pour lui dire où elle est, ce qui se passe, que des inconnus. L’angoisse, la peur d’être abandonnée, les blouses blanches qui disent de ne pas s’inquiéter, comme si on le faisait exprès, de sonner si ça ne va pas mais nous fait des reproche par la suite si on a sonné et que ce n’est pas grave… Puis, un jour, une ambulance vient nous prendre nous amène dans une maison dans un centre de rééducation, et un jour, le retour à la résidence… La peur de marcher, des regards, d’être prise pour une folle. Les toilettes intimes faites par des jeunes filles qui ne comprennent pas que c’est difficile, l’envie de mourir, la peur de mourir…

Ce matin là, Mme Lambert s’était réveillée en paix. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas eu une nuit calme et reposante pour l’esprit. La veille, elle s’était sentit rassuré de voir qu’elle pouvait enfin avoir le droit d’être triste, qu’au-delà des mots qu’elle pouvait exprimer, on lui avait autorisé à être elle même. Elle se sentait plus en confiance. Elle avait envie de vivre l’instant présent avec plus de sérénité. Elle avait enfin le sentiment que la petite fille inquiète qu’elle avait été et qu’elle «était encore parfois avait le droit de se montrer faillible. Elle se rappelait avec plaisir qu’elle avait eu le droit de faire des choix et  de douter, de tout simplement être encore femme.

10 mai 2012

Madame Lambert

Posted in histoires d'animation, Non classé tagged à 1604 00 par yves clercq

Bonjour à tous,

pour entamer ce blog qui est encore en construction je vous propose un article publié dans la revue animagine il ya déjà presque 10 ans… si vous êtes sages la suite viendra bientôt……

Comme toute les semaines Catherine, l’animatrice de la résidence organise une sortie au centre commercial avec quelques résidents, en nombre limité (3 ou 4 maximums) afin de permettre un échange et une relation autre : cette sortie, très appréciée, par les résidents est aussi très demandée.

Cela faisait bien longtemps que Mme Lambert n’était plus sortie de la maison de retraite. Depuis combien de temps ? Elle ne le savait plus exactement, il y avait eu le décès de son mari, l’entrée en maison de retraite et cette maudite chute dont elle ne s’était toujours pas remise complètement. En ce début de mercredi après-midi, même si elle avait du mal à se l’avouer, Mme Lambert n’avait plus trop envie de changer ses habitudes et de raccourcir sa sieste pour aller au centre commercial : pourquoi avait-elle acceptée la proposition ? Elle ne le savait pas non plus, sans doute par désir de retrouver la vie comme avant, mais la vie comme avant c’était autrefois, quand elle était à la maison, dans un univers plus familier. La maison de retraite et le personnel n’étaient pas désagréables, mais ils semblaient parfois avoir du mal à comprendre qu’elle n’attendait plus grand chose de sa vie en dehors de quelques gestes de tendresses et d’affection, des nouvelles des enfants, évoquer des souvenirs et un jour rejoindre son mari, là-haut, pourquoi ne l’avait-il pas emmené avec elle ?

Au fond d’elle même, elle avait pourtant bien envie de sortir, de voir autre chose, d’autres visages que ceux des personnes âgées, mais tout ce bruit dans les magasins, la cohue, le regard des autres qu’il allait falloir affronter… Elle qui avait été si élégante, il allait falloir s’exhiber avec ce fauteuil roulant, dépendante, comme une petite vieille, et puis d’ailleurs, elle n’avait plus l’âge ! . Catherine s’était pourtant montrée bien persuasive, elle lui avait parlé des cadeaux de Noël qui feraient plaisir à ses enfants qui doivent venir la voir prochainement, du petit thé à la cafétéria, des illuminations et des sourires des enfants, et puis que l’âge c’était dans la tête que ça se passait. C’est vrai qu’elle était gentille la petite Catherine, jeune, dynamique et  toujours pleine d’idées farfelues, toujours prête à mettre de l’ambiance, à réconforter d’un sourire ou d’une parole gentille… Même si ses activités étaient parfois trop originales pour une vieille dame de 82 ans, Mme Lambert aimait bien faire plaisir à « sa » petite Catherine en participant aux animations, ça lui changeait les idées et puis, elle avait tellement l’air contente de s’occuper de vieilles personnes inintéressantes comme elle !

Cet après-midi là, Mme Lambert attendait donc, anxieuse, elle voyait l’heure défiler sur le réveil de sa table de nuit : elle avait mal dormi. Et si elle allait prendre froid en sortant ? Et puis elle s’en voulait un peu d’aller dépenser de l’argent alors que ses enfants se saignaient aux 4 veines pour lui payer sa chambre dans cette maison de retraite. Ce n’était pas sérieux : d’ailleurs sa hanche lui faisait mal ; et puis, qu’allait elle dire à Catherine à la cafétéria ? Il était facile de s’échanger des paroles dans les couloirs ou entre 2 activités, mais là,  un après-midi avec une fille que l’on connaît en fin de compte si peu ! Non la sagesse exigeait qu’il valait mieux rester à la résidence cet après-midi là, la petite comprendrait tout à fait… D’un autre coté cette opportunité elle l’attendait depuis  déjà plusieurs jours, elle avait envie de sortir de retrouver ses yeux d’enfants éblouis par les vitrines et les guirlandes, les papilles qui salivent à la vue des vitrines des chocolatiers…Décidément les choses n’étaient pas simples…

Catherine, était satisfaite : son projet d’arbre de Noël prenait une bonne tournure, le planning des animations pour les fêtes était bouclé et accepté par la direction, ce qui n’avait pas été chose facile, vu le caractère de Mr Robert le comptable qui rechigne au moindre achat de papier crépon « pourquoi donc vouloir fabriquer des guirlandes, de toute façon les petits vieux, ils n’ont pas besoin de tout ça… si j’étais le directeur je dépenserais autrement mon argent… »

Catherine avait une autre raison d’être heureuse, elle avait enfin réussi à persuader Mme Lambert de participer à la sortie course. Il lui en avait fallu du temps et de la patience pour lui faire accepter cette idée. Il faut dire que depuis sa chute, Mme Lambert avait plutôt le moral en dent de scie. Le psychologue avait beau dire que c’était une phase normale du travail de deuil, cela faisait de la peine de la voir replié sur elle-même, sans désirs, apathique.

Catherine n’osait pas se l’avouer, mais Mme Lambert lui rappelait sa grand-mère : elle aussi avait fait une chute, et avait par la suite entamée une dépression. Lorsqu’elle avait fait en l’espace d’un Week-end les 800 km qui la séparait de sa grand-mère, Catherine avait eu mal de la voir déprimée et sans désir : elle avait  pourtant bien organisé ce week-end, mamie était d’accord de sortir au restaurant et de quitter sa maison de retraite dans lequel elle restait confinée. Lorsqu’elle était arrivée, épuisée par une nuit de train peu reposante, elle n’avait pas compris l’accueil de sa grand-mère : elle s’était écroulée dans ses bras en pleurant « tu me manque tellement ma petite Catherine, tu devrais moins t’occuper de tes personnes âgées et venir plus souvent me voir » Catherine, s’était sentie complètement désorientée face au refus de sa grand-mère de sortir au restaurant :

« je ne préfère pas y aller j’ai mal à ma hanche…

– Tu m’avais pourtant dit au téléphone que tu étais contente de sortir avec moi…

– Oui mais j’ai changé d’avis, tu sais à mon âge… ; »

Catherine, était pourtant habituée aux personnes âgées, dans le train du retour elle avait ruminé les mots de sa grand-mère et cherché des explications à une attitude incompréhensible : Avant, jamais Mamie n’aurait baissé les bras pour une simple douleur à la hanche, elle n’était pas du genre à reculer devant l’obstacle, tout comme Catherine dont ses parents disaient volontiers « tu es le portrait tout craché de ta grand-mère ». La maison de retraite devait être responsable de ce changement de comportement, elle en était sûre ; il suffisait d’ailleurs d’observer, la manière dont s’y déroulaient les animations : dans cette maison animer consistait à faire du coloriage ou remuer des petits chevaux ou à se trémousser le derrière devant des résidents qui n’ont pas leur mot à dire ! ! !

Catherine pris le 2ème couloir de gauche à vive allure : cette réunion avec le directeur et le comptable avait été plus long que prévu : elle ne voulait pas faire attendre Mme Lambert qui lui avait dit qu’elle ressortirait pour l’occasion son beau chapeau ainsi que son manteau de fourrure, Catherine avait répondu en souriant qu’elle aurait l’air d’une SDF à coté de tant d’élégance…

En entrant dans la chambre qu’elle ne fut pas sa surprise de la voir allongée sur son lit, les pantoufles aux pieds…

« Mais Mme Lambert, vous n’êtes pas prête ?

–          Je suis un peu fatiguée et puis j’hésite à sortir. Vous savez, j’ai mal à ma hanche…

–          Mais, j’ai bloqué mon après-midi pour vous, j’ai refusé à 3 résidents qui s’étaient pourtant inscrit avant vous, vous ne savez pas ce que vous voulez ! ! ! Vous auriez pu au moins me prévenir… ce n’est pas gentil…que vais-je faire maintenant »

Mme Lambert s’était mise à pleurer, Catherine confuse revoyait en souvenir sa grand-mère pleurer et se sentait aussi dépassé que lors de la sa dernière visite, elle ne comprenait plus ce qui se passait. Pourquoi pleurait-elle ? Qu’avait-elle dit ?

Pour Mme Lambert le choc fut rude : elle n’avait pas dit à Catherine qu’elle ne voulait pas sortir, elle avait essayé de lui confier ce qui la tracassait… elle n’avait pas vu l’heure passer….Et voilà que Catherine qui lui faisait une leçon de morale à son âge ! Et puis lui dire qu’elle n’était pas gentille… Elle ne supportait pas qu’on lui dise qu’elle n’était pas gentille…son Père était mort alors qu’elle n’avait que 4 ans, sa mère avait du travailler très dur pour vivre et élever ses enfants : Mme Lambert avait vécu avec beaucoup d’anxiété ses séparations d’avec sa mère qui avait été obligé de la confier à sa Grand-mère par ce qu’elle était « trop instable » : lorsque sa mère la laissait, le dimanche soir, elle lui disait, « tu ne pleureras pas, tu seras gentille » Pendant des années, elle s’était forcé à ne pas pleurer, voulant rester gentille aux yeux de sa mère… Assurément, elle n’avait jamais supporté qu’on lui dise qu’elle n’était pas gentille.

Bonjour à tout les passionnés

Posted in Non classé à 1503 12 par yves clercq

ce blog est le votre. il sera l’occasion à tout les acteurs de l’animation en ehpad de réfléchir, partager, s’amuser autour d’un métier qui est souvent plus q’un métier.

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