31 octobre 2012

Toussaint

Posted in billet à 1010 02 par yves clercq

La période de la Toussaint est souvent une période difficile à vivre pour les personnes âgées. C’est l’époque où l’on se rappelle de ceux qui nous ont quitté, c’est l’époque où le chagrin et la nostalgie peut devenir très envahissante. Beaucoup de personnes âgées redoutent cette période, car la solitude est particulièrement difficile à vivre quand on se sent seul ou dans l’incapacité de pouvoir aller au cimetière honorer ses défunts.

L’ambivalence est souvent de mise: une résidente nous confiait ainsi que non seulement elle détestait cette période et qu’elle attendait toujours qu’elle passe vite, mais qu’en même temps elle serait malheureuse si elle ne pouvait pas aller au cimetière fleurir la tombe de ses parents et de son mari. Martine sa fille, nous avait confié qu’elle pensait qu’il ne fallait pas permettre à sa mère d’appeler un taxi pour aller jusqu’au cimetière, car ça allait la déprimer. Le risque pour l’aidant, serait de croire qu’effectivement, ne pas penser aux défunts serait mieux pour la santé mentale des personnes.

Lorsque j’allais visiter  ma grand-mère qui habitait loin de chez moi, elle me demandait de l’accompagner à la messe: au moment du « donne nous la paix » je la voyais fondre en larme. Au début je me suis inquiété, et elle m’expliqua qu’à ce moment là de la messe, l’absence de son mari et de ses parents lui était insupportable, et qu’elle ne trouverait jamais la paix. Lorsque je lui demandais pourquoi alors elle se faisait du mal en allant à la messe elle me répondit « c’est le seul moment où j’ai le droit de pleurer ceux que j’aime sans être seule! »….

Les vivants, et particulièrement les plus âgées ont besoin de moments particuliers pour penser aux défunts. Faire le deuil, ce n’est pas accepter l’inacceptable  c’est intégrer à sa vie l’inacceptable afin qu’il ne prenne pas toute la place.

Donner de manière ponctuelle, dans un rituel inscrit socialement, une place à la mort, est nécessaire. Avoir le droit ponctuellement de se souvenir, de pleurer, de partager  et d’honorer ceux qui nous ont précédé, est indispensable pour s’inscrire dans la vie et envisager l’avenir.

En ces jours où la solitude et la douleur des personnes que nous accompagnons peut-être particulièrement vive, prenons le temps d’aller à leur écoute; prenons le temps de l’entendre, particulièrement chez les personnes qui ne s’autorisent pas à l’exprimer de manière visible.

Prenons le temps de l’entendre dans les plaintes somatiques inhabituelles, les pertes d’appétit soudaine, les manifestations de colère contre de détails anodins, les coups de sonnettes inutiles ou les demandes étonnantes… prenons le temps d’éveiller les professionnels à cette réalité ; prenons le temps de les aider à  être attentifs à l’insondable, aux petits détails qui trahissent un chagrin dont les personnes on parfois « honte », à la délicatesse qui réconforte, à l’écoute attentive qui est  le meilleur des  pansements dont le coeur à besoin.

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